J’aurai aimé être un artiste: souvenirs I  Lampes, lentilles, diapositives 

projetées sur oreillers, dimensions variables, 2011 (vue d'exposition)

“J’aurais aimé être un artiste: souvenirs” est constituée d’oreillers sur lesquels sont projetées des diapositives, photographies de l’enfant que j’étais. Ils sont supports d’inquiétudes et de doutes. Si les oreillers sont souvent symboles de rêve, ils servent ici à projeter les images d’une enfance où j’imaginais que tout était encore possible. Ils sont le reflet d’une soif d’idéal nécessairement utopique. A travers des portraits qui s’inscrivent dans un paysage donné, celui de mon enfance, des lieux et de ces moments porteurs de tant de rêves, je fais la description de la peur de l’échec.
Par une mise en espace du paysage de mon enfance et des rêves dont elle est porteuse, je dresse un tableau pessimiste de mon activité artistique, de mes ambitions de devenir peintre, comme si je me posais la question : «Qu’est ce que cette petite fille est devenue ? Et que deviendra-t-elle ?» Les images apparaissent et disparaissent, projetées sur les oreillers qui tournent légèrement sur eux-mêmes, comme des pensées qui vont et viennent, sur ces repose-têtes où le sommeil ne donne pas toujours le repos. Et pour cause ! L’artiste – mais en suis-je une ? – subit une tension constante: emporté par sa passion il est dans l’obligation de créer. Ce pessimisme évoque bien sûr la crainte de la mort de l’inspiration, où de l’impossibilité de créer. Dans le noir de l’installation semble rôder la prière de Jonas dans Jonas ou l’artiste au travail d’Albert Camus: «Brille, brille, ne me prive pas de ta lumière». Jonas est l’artiste qui croit en son étoile, mais aussi l’artiste qui «meurt», prisonnier de son incapacité à créer. C’est probablement cette mort que je redoute et qui est mise en scène par ce travail. Camus dira lors d’une conférence: «Nous sommes en pleine mer. L’artiste, comme les autres, doit ramer à son tour, sans mourir, s’il le peut, c’est à dire en continuant de vivre et de créer.»

J’aurai aimé être un artiste: souvenirs I  Lampes, lentilles, diapositives 

projetées sur oreillers, dimensions variables, 2011 (vue d'exposition)

Doomed fate I Gravures sur bois imprimées sur dhuti -vetêment traditionnel indien, peinture au sol, 500 x 300 x 300 cm, 2011 (vue d'exposition)

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Dans “Doomed Fate”, le paysage n’est pas représenté picturalement comme dans la plupart de mes images mais composé par un espace où figure l’homme. Ce travail est née de la vision d’un homme, dormant au bord d’une rue de Calcutta dans une certaine position, m’évoquant de manière précise l’image mentale d’un homme marchant et portant un «poids» sur ses épaules. Ainsi m’est venue l’idée de transposer ce corps endormi à la verticale, transformant ainsi l’oreiller qui porte le corps en charge que le corps porte. J’ai gravé ce corps, puis l’ai imprimé sur de longs “dhuti” blancs, vêtement traditionnel indien. La gravure me permet de prendre «l’empreinte» de son immobilité, de sa passivité, pour la rendre visible, et donc publique. Une sorte de mise à nu, de révélation.
En disposant dans un espace clos ces corps figés et identiques – inspirés par l’homme endormi – je crée en quelque sorte une quantité d’hommes qui marchent, mais ces figures sont disposées en face de la porte d’entrée de la salle d’exposition et se dirigent vers les murs qui les entourent. Je dresse ainsi un tableau dans un paysage sans couleurs, où des hommes paralysés dans leurs vêtements semblent avancer en gémissant une rengaine répétitive : « Moi c’est pas ça que je voulais ». Ce sont les mots qui sont inscrits en bas à droite de l’image. Mon travail est une forme d’illustration d’une rigidité mentale, d’un rapport entre l’insatisfaction et la soumission, comme si ces hommes disaient : «ce n’est pas ce que je voulais, mais je ne bouge pas, rien ne change».

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L'installation "Triste merci" est composée de 3 images fixes, 3 bandes son, 3 sous- titres, casque et socle. 3 Textes rédigés après un séjour au
Cachemire en Septembre 2008 auprès des habitants pour la réalisation du
livre Tchik Jroulns, publié en Juin 2009 par les Editions de l’ESAD.

Triste merci I 3 images fixes, 3 bandes son, 3 sous-
titres, casque et socle. 3 Textes rédigés après un séjour au
Cachemire en Septembre 2008 auprès des habitants pour la réalisation du
livre Tchik Jroulns, publié en Juin 2009 par les Editions de l’ESAD, dimensions variables, 2010